05 septembre 2008
Van Cauwenberghe, suite (La libre Belgique)
L'étrange perquisition
Philippe Mac Kay
Mis en ligne le 05/09/2008
Le 11 juin, visite chez Jean-Claude Van Cauwenberghe : la juge d'instruction a-t-elle ignoré des pièces ? Un rapport de onze pages, écrit par des enquêteurs et qui s'en prend au magistrat. Nouvel imbroglio.
A-t-on vraiment bâclé une perquisition le 11 juin dernier, à Charleroi, alors que la cible en était, en tant que témoin, Jean-Claude Van Cauwenberghe ? C'est ce qu'affirme un rapport établi par des enquêteurs de la police fédérale, visant la perquisition menée ce jour-là au domicile de l'ancien ministre-Président de la Région wallonne. En cause, entre autres éléments, un document que la juge d'instruction Jacqueline De Mol aurait délibérément choisi d'ignorer, affirme ce rapport, certes interne et confidentiel, mais que des fuites ont rendu public, ce qui suscitait hier un remous certain dans les couloirs du palais de justice de Charleroi, et jusqu'au parquet général de Mons.
Le 11 juin, une vague de perquisitions vise Jean-Claude Van Cauwenberghe. Premières du genre, elles concernaient le marché considéré comme suspect du hall des sports de Beaumont, supposé avoir été entaché d'irrégularités : le bourgmestre de Beaumont, Charles Dupuis, aurait été "prié" de choisir, pour sa construction clé sur porte, l'entrepreneur carolo Michel Vandezande, condition sine qua non à l'octroi de subsides accordés par la Région wallonne, alors présidée par Jean-Claude Van Cauwenberghe, proche ami de l'entrepreneur. Charles Dupuis s'en est défendu, tout comme Jean-Claude Van Cauwenberghe, mais l'affaire a été mise à l'instruction chez Jacqueline De Mol. D'où les perquisitions en rafale du 11 juin, à la recherche de documents permettant d'asseoir ces possibles irrégularités. La première d'entre elles, au domicile de Van Cau, n'aurait donc pas, selon ce rapport interne des enquêteurs, été menée avec toute l'ardeur voulue, la juge d'instruction laissant à tout le moins les choses aller, et montrant peu d'intérêt pour des pièces qui l'auraient mérité. Et d'épingler, entre autres, un courrier émanant de l'homme d'affaires Robert Wagner, adressé à Van Cau, et qui réclamait le remboursement de 17000 euros pour un voyage aux Maldives. La pièce, confondante selon ce rapport, aurait été écartée par le magistrat. De même, les enquêteurs se sont dits étonnés du temps laissé à Jean-Claude Van Cauwenberghe avant le début de la perquisition : trente-sept minutes durant lesquelles, seul avec la juge, il aurait laissé les policiers à l'extérieur de sa maison de maître du boulevard Joseph II. Le temps de "parlementer" avec Jacqueline De Mol.Pas de saisie, mais un PVLe même jour, une perquisition était menée au siège des Mutualités socialistes de Charleroi, dont Van Cau est le président, et dans son bureau parlementaire de Namur. Le rapport des enquêteurs, confidentiel et interne, semblait destiné à la seule hiérarchie. Parvenu à la presse, il n'a abouti qu'ensuite dans les mains du procureur du Roi, semble-t-il. Voilà pour la version policière des faits.
Elle est quelque peu différente, au-delà des nuances, selon ce qu'en a dit le procureur du Roi Christian De Valkeneer, et ce qu'en détaille Jean-Claude Van Cauwenberghe lui-même. Les "trente-sept minutes d'attente" ? Le temps de faire entrer la juge, deux représentants du barreau, un représentant des parlements communautaire et wallon, des présences exigées par la procédure en raison des activités professionnelles et politiques de Van Cau. La lettre ? Elle n'a pas été saisie, mais elle a fait, note Christian De Valkeneer, l'objet d'un procès-verbal, et pourrait donner lieu à des suites, dans un dossier ultérieur. Van Cau, lui, évoque un courrier relatif à un voyage d'agrément : à l'occasion des 40 ans de son épouse, ils sont partis, le couple Wagner et le sien, et c'est Robert Wagner qui avait réservé "lui-même ou par une agence à Paris, je ne sais plus..." Il devait donc lui rembourser sa quote-part, ce qu'il a fait, dit-il. En ajoutant que le voyage, le remboursement et sa preuve datent de 2002, bien avant les "affaires"...
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